
Il y a des villes que l’on admire et des villes que l’on aime. Saint-Étienne appartient sans conteste à la seconde catégorie. Demandez à n’importe quel Français ce que lui évoque la préfecture de la Loire et vous verrez presque toujours apparaître un sourire, une anecdote de match, un souvenir de famille ou une référence au vert, cette couleur devenue indissociable de l’identité stéphanoise. Comprendre pourquoi les Français aiment Saint-Étienne, c’est d’abord comprendre que cette ville n’a jamais rien eu de facile, et que c’est précisément ce qui la rend attachante. Ville minière, ville ouvrière, ville de labeur, Saint-Étienne s’est construite à la force du poignet, autour de ses puits de charbon, de ses manufactures d’armes, de ses ateliers de passementerie et de ses usines de cycles. Cette histoire industrielle a forgé un caractère : celui d’une cité qui ne triche pas, qui ne se donne pas de grands airs, et dont les habitants cultivent une authenticité que beaucoup de métropoles françaises ont perdue en route.
Cet attachement national tient aussi à une forme d’identification collective. Saint-Étienne, c’est la France populaire qui se bat, qui tombe parfois, mais qui se relève toujours. Quand la crise industrielle a frappé de plein fouet le bassin stéphanois dans les années 1970 et 1980, la ville aurait pu sombrer dans la nostalgie. Elle a préféré se réinventer, transformant ses friches en lieux de culture, ses anciennes manufactures en quartiers créatifs et son passé minier en patrimoine vivant. Le Puits Couriot, ancien site d’extraction devenu Musée de la Mine, incarne parfaitement cette capacité à honorer la mémoire ouvrière tout en regardant vers l’avenir. Les visiteurs qui descendent dans la galerie reconstituée en ressortent souvent émus, avec le sentiment d’avoir touché du doigt une part de l’histoire de France que les manuels scolaires racontent trop vite.
Il faut également évoquer la géographie, souvent méconnue, qui joue en faveur de la ville. Nichée entre les monts du Pilat et les gorges de la Loire, Saint-Étienne est l’une des rares grandes villes françaises où l’on peut passer du centre-ville à un parc naturel régional en moins de vingt minutes. Les Stéphanois le savent bien, eux qui filent randonner au Crêt de la Perdrix le dimanche matin avant de rejoindre le Chaudron l’après-midi. Cette proximité avec la nature, ajoutée à un coût de la vie parmi les plus abordables des grandes agglomérations françaises, attire d’ailleurs de plus en plus de jeunes actifs et de familles en quête d’une qualité de vie que Lyon, sa voisine, ne peut plus offrir au même prix. Enfin, il y a cette convivialité typiquement stéphanoise, ce parler franc teinté de gaga, ce goût des choses simples et bien faites, de la râpée de pommes de terre au sarasson, qui donne à quiconque pousse la porte d’un bouchon local le sentiment d’être immédiatement adopté. Voilà le socle de l’affection française pour Saint-Étienne : une ville vraie, généreuse et fière, qui ressemble à ses habitants.
Le foot, une religion verte qui dépasse largement les frontières du Forez
Impossible de parler de Saint-Étienne sans parler de l’AS Saint-Étienne, tant le club et la ville ne font qu’un. Pour des millions de Français, y compris ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans la Loire, les Verts représentent quelque chose d’unique dans le paysage sportif national : une équipe populaire au sens le plus noble du terme, dont l’épopée européenne de 1976 a fait vibrer tout un pays devant son poste de télévision. La finale de Glasgow contre le Bayern Munich, les fameux poteaux carrés, les larmes et la fierté mêlées, tout cela appartient désormais au patrimoine émotionnel français. Aucun autre club de l’Hexagone, pas même le PSG avec ses stars internationales, ne peut se prévaloir d’un tel capital d’affection. Les dix titres de champion de France, record longtemps inégalé, les six Coupes de France et les générations de joueurs légendaires, de Rachid Mekhloufi à Michel Platini en passant par les frères Revelli, Jean-Michel Larqué ou Dominique Rocheteau, ont construit une mythologie que les supporters se transmettent de père en fils et de mère en fille.

Le Chaudron, surnom du stade Geoffroy-Guichard, est d’ailleurs régulièrement cité comme la plus belle ambiance de France. Les kops stéphanois, réputés pour leur ferveur inconditionnelle, chantent dans la victoire comme dans la défaite, et c’est peut-être là le secret de cette histoire d’amour nationale : les Verts ont connu les sommets européens comme les descentes en deuxième division, et leurs supporters n’ont jamais déserté les travées. Cette fidélité force le respect bien au-delà du Forez. Pour mesurer l’ampleur de cette légende, rien ne vaut de se plonger dans les récits qui la racontent. Le livre AS Saint-Étienne, 90 ans de légende retrace ainsi neuf décennies d’histoire verte, des origines du club fondé par les employés du groupe Casino jusqu’aux émotions récentes, avec des archives et des témoignages qui raviront autant les passionnés que les curieux.
Ce qui distingue aussi les supporters stéphanois, c’est leur manière d’afficher leurs couleurs au quotidien. Le vert n’est pas réservé aux soirs de match : il se porte fièrement au travail, en vacances, dans les tribunes des stades adverses et jusque sur les plages de l’autre bout du monde. Voici ce qui fait, en résumé, la singularité de la passion verte :
- une épopée européenne en 1976 qui a uni la France entière derrière un club
- un palmarès historique avec dix titres de champion de France
- le Chaudron, considéré comme le stade le plus chaud de l’Hexagone
- une fidélité des supporters intacte, quelle que soit la division
- une identité populaire et ouvrière assumée, transmise de génération en génération
Pour ceux qui veulent rejoindre le peuple vert ou faire plaisir à un supporter, le maillot officiel de l’ASSE reste le cadeau incontournable, celui que l’on porte au stade comme en ville et qui déclenche immanquablement les conversations. Car à Saint-Étienne, le maillot n’est pas un simple vêtement de sport : c’est un étendard, une déclaration d’appartenance et, pour beaucoup de familles, un héritage.
Le design et le patrimoine, l’autre visage d’une ville créative qui surprend
Si le football constitue la porte d’entrée émotionnelle vers Saint-Étienne, le design en est devenu la signature intellectuelle et culturelle. Beaucoup de Français l’ignorent encore, mais Saint-Étienne est la seule ville française membre du réseau des villes créatives design de l’UNESCO, une distinction obtenue en 2010 qui la place aux côtés de Montréal, Berlin ou Séoul. Ce n’est pas un hasard : l’histoire manufacturière de la ville, avec ses armuriers, ses rubaniers et ses fabricants de cycles, a toujours reposé sur l’alliance de la technique et de la forme.
Là où d’autres villes ont hérité de cathédrales, Saint-Étienne a hérité d’un savoir-faire, et elle a eu l’intelligence d’en faire un projet d’avenir. La Cité du design, installée sur le site emblématique de l’ancienne Manufacture d’armes, en est le vaisseau amiral : sa platine futuriste, ses expositions et ses résidences de créateurs attirent designers, étudiants et entreprises du monde entier. Tous les deux ans, la Biennale Internationale Design transforme la ville entière en laboratoire à ciel ouvert, avec des centaines d’événements qui font de Saint-Étienne, le temps d’un printemps, la capitale mondiale de la discipline.
Cette dimension créative se lit aussi dans l’espace urbain. Le mobilier de la ville, la signalétique, les aménagements des places et même certains arrêts de tramway sont issus de démarches de design, ce qui donne aux promenades stéphanoises une saveur particulière : on y chasse les détails comme on chasserait des œuvres dans un musée. Ajoutez à cela un patrimoine architectural étonnant, de l’église Saint-Pierre de Firminy signée Le Corbusier, classée au patrimoine mondial, aux immeubles Art déco du centre-ville, en passant par la Grand’Église gothique et les passages traboulés du quartier Saint-Jacques, et vous obtenez une destination de week-end qui surprend tous ceux qui s’y aventurent avec des idées reçues. Pour préparer une telle escapade, le Guide Vert WE&GO Saint-Étienne constitue le compagnon idéal : itinéraires de visite, adresses gourmandes, escapades dans le Pilat et les gorges de la Loire, tout y est pensé pour découvrir la ville et ses environs en quelques jours.
Mais aimer Saint-Étienne, c’est aussi aimer son passé, celui des puits de mine, des crassiers jumeaux qui veillent sur la ville comme des pyramides noires, des cités ouvrières et des commerces d’antan dont les façades racontent un siècle d’histoire populaire. Les photographies anciennes exercent d’ailleurs une fascination particulière sur les Stéphanois comme sur les amoureux d’histoire locale. L’ouvrage Saint-Étienne d’Antan rassemble ces images d’archives qui montrent la ville au temps des tramways à impériale, des mineurs remontant du fond et des grands magasins de la rue de la République : un voyage dans le temps émouvant, parfait pour comprendre d’où vient cette ville et pourquoi elle inspire tant de tendresse. Entre mémoire ouvrière assumée et créativité tournée vers demain, Saint-Étienne réussit ce que peu de villes parviennent à faire : rester elle-même tout en se transformant. C’est sans doute là, au fond, la vraie réponse à notre question. Les Français aiment Saint-Étienne parce qu’elle leur ressemble dans ce qu’ils ont de meilleur : la fidélité, le courage, la convivialité et cette capacité à transformer les épreuves en fierté. Une ville verte de cœur, verte de nature et verte d’avenir.
